L’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) a le mandat de déployer une stratégie numérique en prévention du suicide pour le Québec. L’équipe de la Semaine numériQC en a discuté avec Jérôme Gaudreault, directeur général de l’AQPS.

Si la réalisation du projet de l’AQPS a quelque peu été influencée par la pandémie, le déploiement complet a quand même eu lieu le mois dernier. Le nouveau Service numérique québécois en prévention du suicide, disponible au www.suicide.ca, est un service gratuit.

Bilingue, accessible et confidentiel, il a pour but de prévenir le suicide au moyen des technologies numériques, en informant et en aidant les personnes vulnérables au suicide, les proches et les endeuillés par suicide. Plus concrètement, Suicide.ca propose un service d’intervention par clavardage, des informations pratiques et des outils pour prendre soin de sa santé mentale.

 

Semaine numériQC : Tout d’abord, j’imagine que la pandémie a fortement influencé la façon dont vous rejoignez les gens qui ont besoin de vos services?  Quels ont été vos plus grands défis depuis le début de la pandémie?

Jérôme Gaudreault : Du côté de l’AQPS, les principaux utilisateurs de nos services sont les intervenants qui agissent auprès des personnes vulnérables au suicide, notamment par le biais des formations que nous prodiguons. Le défi pour notre équipe a donc été d’effectuer un « virage numérique » rapide pour adapter et proposer nos contenus de formation en mode virtuel.

 

Semaine numériQC : La pandémie a permis de remettre la santé mentale au centre des préoccupations. Comment croyez-vous que cela influencera votre travail au cours des prochaines années?

Jérôme Gaudreault : C’est certain que la pandémie a permis de mettre la santé mentale au cœur des conversations. Pour nous, qui véhiculons depuis des années l’importance de parler du suicide, cela représente une belle ouverture.

Par contre, on ne saurait prédire l’avenir : difficile de savoir si la pandémie aura un effet sur la santé mentale des individus à plus long terme ou si cela demeurera une préoccupation pour une majorité de la population. Chose certaine, nous souhaitons que les conversations sur le suicide demeurent ouvertes et que la prévention reste à l’avant-plan.

 

Semaine numériQC : Le service numérique québécois en prévention du suicide était déjà prévu avant mars 2020. Comment le contexte de la pandémie a-t-il influencé sa mise en œuvre?

Jérôme Gaudreault : Bien que le Service numérique québécois en prévention du suicide ait été lancé à l’automne 2020 alors que la pandémie battait son plein, ce virage numérique était prévu depuis 2017 afin d’offrir une aide à portée de main, plus accessible et adaptée aux meilleures pratiques numériques possibles dans notre créneau.

En fait, l’arrivée de la pandémie a surtout représenté des défis supplémentaires : morcellement des équipes, télétravail, pause des embauches, etc. La pandémie nous a demandé un certain ajustement dans les délais de livraison du projet, afin de respecter les capacités d’adaptation de nos partenaires. Nous avons donc opté pour un démarrage en douceur, nous permettant ainsi d’ajuster nos pratiques et valider la fiabilité du système, jusqu’à un lancement complet du service 7j/7, 24h/24, qui se fera à la mi-avril.

 

Semaine numériQC : Qu’est-ce que ce service numérique vous permettra de faire de plus ou différemment pour rejoindre les gens qui ont besoin de vos services?

Jérôme Gaudreault : En fait, on peut dire qu’il s’agit d’une nouvelle porte d’entrée pour demander de l’aide, que ce soit pour soi-même, pour un proche pour qui l’on s’inquiète ou en tant que personne endeuillée par suicide. Cela permet de faciliter la demande d’aide pour des personnes qui auraient plus de difficulté à parler de leurs émotions de vice voix, ou qui ne peuvent échanger à voix haute dans leur environnement. Cela permet aussi d’assurer une accessibilité à des services d’aide, peu importe le lieu géographique.

 

Semaine numériQC : Quelles sont les conditions gagnantes d’une collaboration entre un organisme comme le vôtre et un partenaire technologique pour la mise en place d’un projet comme celui-ci qui se veut résolument humain, car il rejoint une clientèle vivant des situations de détresse?

Jérôme Gaudreault : Une condition gagnante essentielle est certainement une grande ouverture d’esprit de part et d’autre! Les réalités de chacun sont différentes, et il faut pouvoir trouver le juste milieu. À titre d’exemple, nous avons pu constater avec notre partenaire technologique que le rythme de travail pour nos deux organisations était très différent : pour nous qui travaillons en prévention du suicide, chaque mot, chaque décision doivent être pesés, alors que pour un partenaire technologique, un fonctionnement « agile » par itération avec une certaine marge d’erreur est tout à fait possible.

D’autre part, ce qui a sans contredit été un gage de succès pour le projet est le fait que notre partenaire s’est pleinement engagé envers la cause de la prévention du suicide, bien au-delà de la simple compréhension du mandat. Au final, cela nous a permis d’avoir un meilleur produit, parce que nous ne travaillions pas ensemble seulement comme client et fournisseur, mais bien comme partenaires profondément engagés dans la prévention du suicide.

 

 Jérôme Gaudreault, directeur général de l’AQPS, a présenté le 16 avril 2021 la conférence « Virage numérique dans un contexte OBNL : exigences internes et nécessaire collaboration avec les fournisseurs » dans le cadre de l’événement Initiatives numériques gouvernementales. La conférence est disponible en rediffusion pour les détenteurs de billets jusqu’au 19 juin prochain.